« Da garoùd e Te ha pep Daioni* »

 

Il y a plusieurs années de cela, j’avais lu le Kalki Purana, un ouvrage antique de l’Inde qui traite des ‘Yugas’, c’est à dire l’éclosion de l’univers depuis la source originelle jusqu’à la fin des temps cycliques, ceux-ci se déroulants en mouvances vibratoires, telles des spirales vertigineuses au sein de la même intemporalité. Il y est fait mention des Mahavatars de Vishnou, divinité des eaux primordiales, et qui apparaissent à plusieurs reprises sous différentes figures humaines, avec des attributs plus ou moins anthropomorphes, au cours des évolutions de la vie sur la planète Terre. 

Le premier de ces avatars est Matsya, l’homme-poisson et le dernier est Kalki (ou encore Kalkin), sous la forme d’un cheval blanc. Ce qui n’est pas sans rappeler le dernier chevalier de l’Apocalypse (La révélation, à la fin des temps) dans le texte éponyme de Saint Jean de la Croix. En Inde, Kalki est un cheval à la robe blanche qui est monté par le Seigneur Shiva (voir la concordance avec la constellation d’Orion, ou Persée dans la mythologie grecque). Dans le texte de l’Apocalypse, cet avatar peut symboliser à lui tout seul le Christ, puisque quelque soit la monture, elle est indissociable du cavalier. Ou bien, elle peut également suggérer que ce Christ n’est autre que la descente du Logos, le verbe solaire, vivifiant et créateur, dans le Coeur de chaque être vivant, préparant ainsi l’humanité à basculer du Kali Yuga (L’âge de fer) à l’âge d’Or. La boucle est bouclée, la rouelle cosmique s’est mise en branle avec l’interaction des constellations, la précession des pôles, etc…  Une nouvelle Aube dorée se lève, diffusant sa Lumière et irradiant le Coeur de Tout-un-chacun. Chaque forme de vie et chaque homme devenu véritablement humain porte – en elle ou en lui – un principe éternel (Purusha, en sanskrit), lumineux et plein de grâce, reflétant la nature divine (Prakriti, en sanskrit). 

Dans la mythologie bretonne et galloise, il est fait mention d’un cheval de mer (c’est donc la figure d’un hippocampe) qui surgit parmi les eaux de l’Ouest et aborde les rivages de la terre des hommes, à la fine pointe de Lostmarc’h. Nous trouvons la mention d’un tel lieu (Loka en sanscrit ou Locus en latin) en Cornouailles armoricaine (le Kernev Arvorig, situé à la pointe bretonne continentale) et également au Pays de Galles (Cymru). C’est exactement ce qui est rapporté dans le Kalki Purana, où il est mentionné que le Kalkin chevauché par Shiva, surgit de l’océan de l’Ouest, et puis entame une migration vers le Soleil Levant ! Dans ma tendre jeunesse, je reçu également cette vision pénétrante, accompagnée d’une intuition directe, avec laquelle je reconnu un Belienn, un de ces Fils du Soleil ou Druiz (Druide, en breton), un prêtre de Belenn issu de la péninsule armoricaine, se mettant en marche et partir rencontrer ses frères et soeurs, au Royaume des Mahatmas, des Maharishis et autres Maharajas… Naturellement, comme il est souvent indiqué au générique final d’un film : toute corrélation avec des personnages existants ou des faits avérés dans la vie réelle ne saurait être que le fruit d’un scénario fortuit ou encore une pure coïncidence. « Ce n’est qu’au crépuscule que la Chouette de Minerve prend son envol » — Principes de la philosophie du droit de G. W. F. Egel (1821). Soit, ce n’est que lorsque les événements s’achèvent que l’on en comprend parfaitement le sens !

Face à l’ampleur du désastre écologique et de la décrépitude de la civilisation industrielle, productiviste et consumériste qui arrive à son terme, nous sommes maintenant à la fin de ce processus cyclique, désormais prêt à basculer dans la nouvelle ère du Verseau, qui est le point de départ du nouvel âge d’Or. Ceci dit, cela ne se fera pas sans les constrictions et les douleurs que sollicite souvent un enfantement…

La harpe est depuis toujours l’instrument de la musique célestielle par excellence, puisqu’elle relie le Ciel et la Terre, la Terre et le Ciel, de par sa prodigalité de cordes verticales. Elle était utilisée dans les temples chaldéens dont celui d’Ur, dans ceux de Sumer et d’Égypte, etc… La plus ancienne représentation de harpe est gravée sur une pierre à Har Megiddo (l’Armageddon biblique), localité située à une trentaine de kilomètres de Jérusalem. Le Roi David composa ses psaumes et les interpréta sur un Kinnôr hébraïque, issu de la même famille chordophone (harpes-lyres). Au premier millénaire, en Hibernia (Irlande) et en Alba (l’Écosse) vinrent les premières harpes jouées par les bardes, ces chantres de la vie plénière, issus de l’ordre sacerdotal tripartite de la spiritualité des druides. À la fin de la période médiévale et à la Renaissance, la « Cláirseach » et la « Queen Mary » sont des harpes prototypiques ayants un décorum sculpté, gravé ou encore plaqué, et disposants d’une symbolique archétypale se rapportant à l’initiation première des peuples aryens et celtiques.

La luthière Violaine Alfaric a été formée auprès d’un Maître luthier en Irlande puis avec un ébéniste, compagnon de France. Les coïncidences de la vie m’ont fait la rencontrer sur l’île de Gavrinis, auprès du vieux Cairn mégalithique aux parois gravées de spirales en boucles. C’est tout naturellement, que je lui ai fait part de mon projet de pouvoir disposer d’une véritable harpe celtique, de type bardique. En effet, l’art d’Alfaric se rapporte aux tapisseries et miniatures médiévales ainsi qu’aux fresques et peintures de la Renaissance, pour créer des harpes prototypiques apparentées aux attributions musicales et qualitatives de ces époques, où l’art des bardes (dans les pays celtiques), des troubadours et des trouvères, fleurissait et essaimait, depuis l’Europe septentrionale jusqu’à l’Europe méridionale (y compris l’Andalousie et la Sicile, sous régence dynastique musulmane).

La harpe manufacturée par Violaine Alfaric est un modèle unique et original. La tête de console et le pilier sont ornementés d’un hippocampe à la houpe échevelée, tels ceux qui vivent dans les eaux du golfe du Morbihan, pays des Vénètes d’où est originaire le barde cavalier. Elle est faite d’un bois en érable blanc, ce qui l’a rend ultra légère. Elle dispose d’un système de chevilles (de type Médiéval et Renaissance) pour l’usage des gammes musicales. Ses tonalités sont cristallines et les notes déroulent comme un vrombissement de vagues océaniques.

Cette harpe prénommée Gwenmarc’h (littéralement : Le cheval blanc, en breton) est un véritable destrier des mers, dont la console arquée permet au barreur de se propulser au mieux, en naviguant de belle manière dans les eaux primordiales de la vastité océanique.

(*) « Avec l’Amour des Dieux et des Déesses de l’Innommable. »

Philippe Le Maréchal (pseudonyme : Saorsa Aum ∞)
Mangalore (Karnataka – Inde), le 19 Janvier 2019.

Photos et illustration : ‘Gwenmarc’h’, ‘Muse’ (source web D.R), ‘Kalkin’ (Shree Krishna Mutt, Udupi – Karnataka). Tous droits réservés (D.R).